Ben.oît a écrit :
J'ai la vision contraire et peut être un peu idéaliste.
J'ai été très heureux d'apprendre qu'il allait y avoir une coopération militaire UK - France.
Je suis très heureux de l'euro surtout depuis la crise. Je suis très soulagé de sa protection contre les risques d'inflation qu'il y aurait eu.
Pour construire l'UE, la recette est : une monnaie, une constitution et une armée. Plus il y aura de coopération militaire et plus nous serons dans le projet européen des pères de l'Europe. C'est à dire plus "jamais ça" : la guerre. Depuis 60 ans ça a bien fonctionné.
De plus l'avantage avec cette coopération c'est que l'on va peut être pouvoir réduire le financement de certains projets militaires qui coutent un bras pour seulement de la dissuasion. Investir dans l'A400M : oui! C'est une révolution technologique à part entière et qui pourrait pu être utile en Haiti ou lors du Tsunami...
La coopération militaire actuelle en Europe est une honte et les USA ont bien raison de se moquer de l'UE. Ce point est pour moi une avancé précieuse.
Je suis a 100% d'accord avec liolio. J'avais fait quasiment la même analyse.
Je trouve ta vision assez décalée:
Dans ta recette, tu oublies comme les héritiers de l'Europe depuis 30 ans, le premier et principal ingrédient: une POLITIQUE commune, ce qui implique un projet compatible avec toutes les composantes de l'ensemble européen, et une relative harmonie économique de ses membres.
Ce point a été volontairement écarté de la construction européenne depuis 30 ans au moins, de manière parfaitement assumée, par les tenants de la doctrine libéraloïde dominante. On en paie aujourd'hui les conséquences : marasme économique, crise sociale, montée des nationalismes, retour de l'extrême-droite... Le bilan est désastreux. Le plus parfait symbole de cet échec est bien la crise que connait actuellement la Belgique. Comment imaginer un système stable avec un ensemble d'États qui ne partagent pas du tout la même politique économique, n'ont pas les mêmes fiscalité , dont les minimas sociaux sont différents et dont les économies se sont construites totalement différemment, mais qui partagent la
même monnaie ??
Par ailleurs, on a élargi sans concertation l'Europe en y intégrant des États faibles économiquement, sans prévoir les mesures de soutien économique et en leur demandant de jouer leur avenir sur les marchés pour rejoindre le peloton de tête, ouvrant ainsi de nouveaux marchés juteux aux grandes entreprises des pays puissants, mais n'offrant que peu de perspectives de progrès sociaux pour les populations
Analyser la coopération militaire franco britannique comme une avancée de la défense européenne est assez osé, quand même: la constitution d'une force d'intervention commune avec le plus atlantiste des pays européen, alors que la constitution européenne s'est toujours axée autour du couple franco-allemand. Je le verrais au contraire comme une véritable claque à la construction militaire européenne. (Même si je suis pour l'idée générale de réduire les budgets militaires)
Quant à savoir si l'euro nous a plus protégé de la crise que d'hypothètiques monnaies nationales, je l'entends répéter sur tous le plateaux TV par des tas d'experts pontifiants, c'est vrai, mais franchement je me demande quel est leur pouvoir magique à pouvoir affirmer une telle chose, aussi versés soient-ils dans les théories économiques. A moins de posséder une machine à remonter le temps ou un truc comme ça...
Et si l'occident a connu la paix depuis 60 ans (ce qui n'est pas le cas du reste du monde), je l'attribue largement plus à l'hyper-puissance américaine qu'à la construction européenne.
Je n'ai rien contre l'idée générale de l'Europe (même si je doute que les nations puissent effacer comme ça le poids de 2000 ans d'histoire conflictuelle), mais certainement pas celle qu'on a construit jusque-là. Le préalable toute construction européenne doit-être l'existence d'un projet politique commun, puis la création d'institutions démocratiques puissantes et légitimes reconnues par la majorité des populations avec un vrai pouvoir politique. Après on pourra décider.
Là on nous construit une Europe économique, technocrate et financière, mais dès qu'il y a une décision politique à prendre, l'Europe cesse d'exister (qu'aurait fait une "armée européenne" en 2003 au moments e la guerre en Irak, par exemple? ET l'armée britannique?). Par contre, quand il s'agit d'ouvrir de nouveaux marchés, de privatiser (pardon: "moderniser") les services publics et déréguler l'économie, là, l'Europe est toute puissante. C'est ridicule, mais c'est l'Europe idéale que nous ont présenté les libéraux depuis 30 ans, et que les français ont joyeusement validé avec Maastricht (un peu moins joyeusement avec Lisbonne)
*: NOBODY EXPECTS THE SPANISH INQUISITION!